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Cinéma
Critique : Raiponce

Il y a 73 ans, le premier long métrage entièrement en animation sortait au cinéma : Blanche-Neige et les sept nains. Et en presque 100 ans, il s’en ait passé des choses. Je regardais à l’instant la liste des longs métrages d’animation Disney et je me suis demandé « quel dessin animé Disney (hormis La princesse et la grenouille) m’a marqué au cinéma? ». Et je suis remonté à 11 ans pour Tarzan, malgré ses insupportables personnages secondaires. En effet, depuis Tarzan, on peut dire que Disney ne nous a pas ébloui. Heureusement, John Lasseter est arrivé et a repris les choses en main. On a pu donc voir l’année dernière le retour après 5 ans (et encore, c’était La ferme se rebelle) de l’animation classique avec La Princesse et la grenouille, très bon cru quoiqu’un peu trop classique. Cette fois-ci, Disney allie 2D et 3D pour nous livrer probablement la meilleure chose depuis 10 ans.
Pensée en animation classique, la création de Raiponce (conte originalement écrit par les frères Grimm) n’a pas été de tout repos. En 2005, l’immense Glen Keane (le créateur d’Aladdin, de Ariel ou de la Bête) commence déjà à travailler sur le design de la princesse aux longs cheveux. Le directeur de l’époque ne voulant pas d’une animation classique, Keane se voit travailler en 3D. Après une crise cardiaque, il décide d’abandonner le statut de réalisateur et passe la main à Byron Howard et Nathan Greno, qui avait déjà travaillés sur Volt. Mais le créateur de Tarzan ne délaisse pas pour autant le projet puisqu’il occupera le poste de directeur d’animation. Ainsi donc, il assure le design des personnages, des décors et l’animation.
Lorsque Flynn Rider, le bandit le plus recherché du royaume, se réfugie dans une mystérieuse tour, il se retrouve pris en otage par Raiponce, une belle et téméraire jeune fille à l’impressionnante chevelure de 20 mètres de long, gardée prisonnière par Mère Gothel. L’étonnante geôlière de Flynn cherche un moyen de sortir de cette tour où elle est enfermée depuis des années. Elle passe alors un accord avec le séduisant brigand… C’est le début d’une aventure délirante bourrée d’action, d’humour et d’émotion, au cours de laquelle l’improbable duo va rencontrer un cheval super-flic, un caméléon à l’instinct de protection surdéveloppé, et une drôle de bande de malfaiteurs.
On pouvait reprocher à La Princesse et la grenouille un côté trop classique et une histoire de princesse banal. Disney prend tout le monde à contre courant et opte pour une vision beaucoup plus contemporaine tout en gardant tous les ingrédients qui font un Disney qui marche. Visiblement, ils ont bien retenu les leçons de Pixar. Le style classique de Glen Keane associé à la 3D donne ici un rendu incroyable. Le plus flagrant est la palette de couleurs utilisée tant celles-ci sont nombreuses et surtout, éblouissantes. Doté d’une fluidité parfaite, l’animation est extrêmement pointilleuse sur les moindres petits détails. Et tout comme Raiponce, on se voit embarqué dans un voyage visuel époustouflant, surpassant même la 2D de certains classiques. Le travail effectué sur les cheveux reste le plus impressionnant. Ils volent, virevoltent, serrent, attrapent (oui, les cheveux) et surtout c’est visuellement hallucinant et sans reproche, tout en ayant l’air d’être de vrais cheveux. Et même à l’air du tout numérique, c’est probablement la chose la plus difficile à rendre crédible.
Non content de révolutionner visuellement les classiques, Keane, Howard et Greno révolutionnent également les princesses. Hormis un design contemporain, surtout pour le prince (beau gosse pas rasé, coiffé à la va vite), c’est surtout scénaristiquement parlant que cela prend toute son ampleur. Probablement la plus dynamique (et une des plus jolies) des princesses, Raiponce ne subit pas ni l’histoire ni les évènements et n’est pas fleur bleue comme aurait pu l’être Jasmine ou Ariel. Et malgré ses jolis grands yeux verts et son apparence de poupée en porcelaine, Raiponce est une femme d’action, elle se bat, crée l’histoire, crée les évènements, elle ne se laisse pas faire. Accompagnée d’un des « princes » les plus charismatiques de Disney, la force de Raiponce (le film hein) réside dans son traitement des personnages. S’ensuit alors une dynamique entre la princesse et le brigand digne d’un buddy movie. Maximus, le cheval et némésis (pour un temps) de Flynn, nous offrira d’excellentes phases de combat. Le reste de la galerie des personnages relève du génie. On pense notamment à une scène dans la taverne des brigands à mourir de rire.
Mais même en révolutionnant les princesses, Disney garde les éléments qui ont fait leur force le siècle dernier. Tel Polochon ou Abu, Raiponce est accompagnée de son meilleur ami animal, Pascal le caméléon. Fervent protecteur, il sera là pour agrémenter le récit de certaines touches d’humour, sans pour autant tomber dans le lourdingue et être omniprésent. Mais surtout, quand il est question de tradition, Disney donne la belle part aux chansons (un peu trop selon certains). Et qui de mieux pour renouer avec l’âge d’or de Disney que d’engager un maître dans la matière, Monsieur Alan Menken, compositeur de La petite sirène, La belle et la bête, Aladdin, Pocahontas ou Hercule. Tout en gardant sa touche reconnaissable, Menken signe ici une BO folk et donc plus pêchue que les précédentes. Et même si on sent les chansons venir à des kilomètres à la ronde, c’est toujours un bonheur de revoir cette ancienne coutume maintenant oubliée dans le monde de l’animation. Mention spéciale à Maëva Méline qui gère tout simplement.
Raiponce renoue donc avec la tradition du Disney classique qu’on attend tous avec impatience. Glen Keane et Alan Menken sont des gages de qualités chez la maison qui nous a, fut-un temps, produit de nombreux chefs d’oeuvre. Mais ils ont réussi à moderniser leur film, suivant ainsi mieux leur public. Et même si cette idée avait déjà commencé à grandir dans nos esprits depuis l’arrivée de Lasseter à la présidence, il ne nous reste plus qu’une chose à dire. Disney est de retour en grandes pompes. A voir et à revoir, seul ou accompagné. Hilarant et touchant, proche de la perfection d’antan, Raiponce est d’ores et déjà un classique et a sa place à côté des plus grands.
Et si vous voulez tout savoir sur Glen Keane, deux adresse : CarnetPrune, qui parle de l’expo parisienne et une excellente interview de CloneWeb de plus de 20 minutes.



















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